Interview:Ce que le Président du MPDR a dit au journal “L’Indépendant”

Interview:Ce que le Président du MPDR a dit au journal “L’Indépendant”

Bien connu dans le landerneau socio politique pour ses actions portées entre autres sur la défense des droits de l’homme, la lutte contre la corruption, la production des ouvrages, l’idéologie du Laakam, le professeur Shanda Tonme, médiateur universel, fondateur du parti politique dénommé : Mouvement populaire pour le dialogue et la réconciliation (Mpdr), se lâche sur la problématique des élections dans un contexte sécuritaire préoccupant.

Entretien réalisé par : Max Bossoh Mpandjo(Directeur de Publication-Journal L’Independant)

 

Le 9 février prochain, se déroulera le double scrutin législatif et municipal au Cameroun. Le contexte sociopolitique actuel est-il préjudiciable à la tenue d’un tel scrutin ?
Je crois qu’il faudrait une fois pour toute, taire cette polémique en forme de fuite en avant et d’arrière-pensée sur l’opportunité des élections. Les acteurs politiques, de même que les observateurs ainsi que toute autre personne morale ou physique intéressée, devraient éviter de se cramponner sur des positions figées. Lorsque l’on évoque le contexte sociopolitique, on fait allusion certainement aux crises qui secouent certaines régions, mais le réalisme ne milite pas pour une position d’abandon de l’expression de l’autorité publique localement et nationalement. Au contraire, il faudrait dans ce contexte, valoriser et faire vivre, faire entendre, faire avancer dans tous les cas de figure, toutes les structures, organes et institutions représentatives possibles. IL n’y aura jamais et il n’y a jamais eu de contexte parfait. Et puis, il ne faut pas oublier que dans ce discours sur le contexte, il y a en sourdine, des enjeux politiques énormes. Nous avons certes des problèmes de sécurité, des revendications de toute nature, des élans de division voire de fracture, mais vous avez également des contre-poids, des ambitions opposées et des analyses contradictoires. La ligne de fracture véritable se situe dans une perception opposée, mais alors radicalement opposée de l’organisation de la transition politique dans notre pays.
En somme, face à des problèmes réels, il y a des calculs sordides, égoïstes et trop sectaires qui n’ont aucun rapport avec la quête d’un bonheur collectif pour le pays, ou la recherche honnête de voies et moyens pour opérer une transition qui ne soit pas simplement la mise en œuvre de projets de vengeance, de règlement des comptes et de promotion de la haine. Nous vivons encore, la maladie congénitale des politiciens africains, champions dans la confusion et la méconnaissance totale des rouages de l’action publique et de l’appropriation des attentes populaires. A ce propos, je vous conseille vivement de lire mon tout dernier livre paru en ce début du mois de janvier 2020 : « Les nationalistes Africains à l’épreuve, stratégies et tactiques pour le pouvoir ».

 Certaines formations politiques ont posé comme préalables à leur participation à cette consultation électorale, la résolution de la crise anglophone et la révision du code électoral…
Je ne sais pas où l’on veut en venir ? Je continue de m’interroger sur les intentions des uns et des autres. Je signale que certaines formations dont vous faites allusion, n’ont jamais plaidé pour la cause des anglophones, ni même pris clairement et ouvertement position pour le fédéralisme avant l’accélération de la violence et des prétentions séparatistes. Personnellement, mes positions ont toujours été claires à ce sujet et sans équivoque. Voyons, hier, c’était le départ du président Paul Biya qui était la condition, aujourd’hui c’est la solution magique et immédiate à la crise dans le NOSO. Je ne partage pas beaucoup cette prise de position tranchante, radicale et volontiers opportuniste. On découvre aujourd’hui la question anglophone comme un fond de commerce populiste, un paravent pour justifier toutes les incartades radicalisant et ostentatoires. Je dis non, mais vraiment non. Le pays est plongé dans une sorte d’instabilité généralisée, et toutes les régions sont dorénavant secouées d’une manière ou d’une autre.
Aux élites, je dis, attention. Si le sommeil passe mal à la vue des images des villages entiers ravagées dans le NOSO, il faut bien se dire que les populations du septentrion qui vivent les affres des enlèvements, des tueries et des destructions de Boko Haram, méritent une égale attention, tout comme à l’Est où la tranquillité a foutu le camp depuis belle lurette comme conséquence de notre hospitalité légendaire qui favorise l’importation de l’instabilité de la Centrafrique voisine. La meilleure façon de faire la paix, de trouver des solutions, de travailler à reconstruire les liens brisés ou compromis, c’est encore de s’investir dans tout ce qui se fait, dans tout ce qui peut inviter à réfléchir ensemble. Non, il ne faut pas se braquer. J’entends dire qu’il ne faut pas faire le jeu de Paul Biya, mais il faut alors faire comment ? Faire le jeu de la France, des Etats Unis, de l’Allemagne, de la Chine ? IL faut se parler, s’impliquer, entrer partout où des Camerounais décident de se retrouver pour parler, et sans exclusive ni préalable. L’histoire de l’humanité a horreur des préalables et des conditionnalités en temps de crise.
Enfin, permettez-moi tout de même, de poser la question de savoir si les gens qui soutiennent cette position, sont plus anglophones que le premier Ministre actuel, ses prédécesseurs ainsi que la masse des hauts cadres anglophones de l’administration publique camerounaise. Dites-moi que tous les hauts responsables anglophones ont démissionné et je vais rejoindre le camp des opposants aux élections. En attendant, ce n’est pas le cas, et il faut faire attention de ne pas se laisser entraîner dans une cavale qui correspond plus à des planifications de quelques élites véreux, qu’aux intérêts bien compris et bien identifiés de l’ensemble du peuple comme je l’ai souligné tantôt. Quand on veut briller plus que le soleil, on secrète plutôt l’obscurité.
Les mesures prises par le gouvernement au sortir du Grand dialogue national, notamment le statut spécial accordé aux régions anglophones, l’avènement du code général des collectivités territoriales décentralisées, sont-elles favorables à une sortie de l’impasse ?
Ecoutez, quand j’entends des gens émettre des critiques, je prête une oreille attentive. Objectivement, je veux être franc, plus que franc, assez franc avec vous. Je ne suis pas si convaincu que cela, de ce que les mesures prises sont appropriées ou suffisantes, bien réfléchies ou objectives. J’ai dit ce que j’en pense dans plusieurs de mes sorties et celles de mon parti qui prône résolument le dialogue et la réconciliation. Nous ne pouvons pas prendre le risque de demi-mesures au moment où les haines, les fractures et les divisions se font manifestement plus toniques et plus menaçantes. Personnellement je continue de soutenir que le Chef de l’Etat détient les clés de solutions plus appropriées, plus consensuelles et mieux adaptées. Néanmoins, laissons faire et on va voir. Une chose est de critiquer et une autre est de se trouver à la place d’un chef d’Etat qui subit toutes ls pressions et influences, qui écoute toutes les voix et doit arbitrer.
J’ai simplement peur, que les vrais ennemis de ces mesures soient encore ceux qui les ont conçues ou conseillées. Parce que mon expérience du moment, me renseignement sur le fait que de nombreux hauts fonctionnaires ne jouent pas le jeu, qu’ils travaillent volontairement, sournoisement et malicieusement à contre-courant et entretiennent des réseaux feutrés de fossoyeurs, d’opposants qui ne disent pas leur nom, de traitres.
Les clés d’une avancée décisive ont toujours été connues depuis la tripartite de 1991, et nul ne l’ignore ni ici ni à l’étranger. Nous avons un problème de courage politique qui n’est finalement pas l’affaire de Paul Biya tout seul. Je sais qu’on me rétorquera comme toujours, que je lui fais la part trop belle, mais je persiste et reste sur cette position. L’émancipation politique et les grandes mutations sociales résultent de l’état des rapports des forces entre la base et le sommet et vice-versa, entre les acteurs publics et privés, la société civile et le centre des décisions de l’exécutif. Qu’avons-nous fait, où en sommes-nous, et quel est le bilan des luttes et des propositions sacrificielles ?
Nous parlons de politique et de pouvoir, et non de faille, de fraternité et de cadeaux. Il faut être conséquent et arrêter les rêveries infantiles. Il est pathétique de revivre certaines tares des années de braise dans le comportement de quelques acteurs, comme si un enfant refuse de grandir et continuer de ramper.
Quel est le programme d’action du Mpdr ? Comment se positionne-t-il par rapport aux autres partis d’opposition ?
D’abord, il faut renseigner sur d’où nous venons. Vous me connaissez assez, suffisamment en tout cas pour être illuminé sur mon combat social, sur la force de mes principes, sur l’humilité de mes actions et mon sens de la solidarité. Contrairement à ceux qui racontent du matin au soir que le pays est fini, je pense radicalement le contraire. Si le fini est fini, cela voudrait dire que nous sommes tous morts et qu’il n’y a plus âme qui vive. Non, il faut se lever, ouvrir les yeux et poser nos inquiétudes sur la table, nous regarder et nous interroger. Le Mouvement populaire pour le dialogue et la réconciliation MPDR, en anglais PMDR, people movement for dialogue and reconciliation, est né de la conscience de la disparition des espaces et de l’esprit de tolérance, de discussion, d’échange pacifique et de plaidoyer dans notre société. Nous avions au départ pensé à un parti comme les autres, mais très vite, nous nous sommes dit que le travail à faire, c’est plutôt d’amener les gens à se parler vraiment et franchement pour discuter et trouver des solutions à leurs problèmes. Nous allons lancer les Comité Populaire de Médiation et de Mobilisation (CPM) partout sur le territoire national. IL y en aura dans tus les quartiers et ce sera la structure de base du mouvement.
Comprenons-nous bien, il s’agit d’amener les citoyens et citoyennes à ne plus recourir systématiquement aux tribunaux, aux commissariats, aux postes de gendarmerie où on leur extorque des sous à tous les coups, y compris quand ils ont raison. Si vous comprenez ça, alors vous nous avez compris.
Quant à la substance des grandes orientations, je vous l’ai dit et je le répète, notre pays est trop centralisé et il est temps de faire autrement, de moderniser notre système de gouvernance par une refonte complète de l’Etat. Il faut revoir la forme de l’Etat, et à ce propos, nous sommes résolument et sans équivoque pour le système fédéral. De quoi a-t-on peur finalement ? Le système fédéral favorise la stabilité de l’exécutif et dégage le patron du pays des vicissitudes locales. Il permet une meilleure appropriation de leur destin par les populations et instaure la confiance dans les emblèmes. Il ne s’agit ni d’une atteinte à l’intégrité territoriale, ni une braderie de la souveraineté nationale. Et si c’est donc par cela ou pour cela, que la paix peut revenir dans tout le pays, dans tous les cœurs, alors allons-y et franchement. Les bricoles de décentralisation poussée ou de régimes spéciaux, sont plutôt spécieux et nous perdent du temps.
Quel regard portez-vous sur le repli identitaire qui gangrène actuellement la vie politique au Cameroun ?
Ceux qui agitent les flammes du repli identitaire se retrouveront bientôt hors course, hors sujet et honteux. Je le vois et le sens déjà au quotidien. Nos enfants et petits-enfants ne se laissent pas et ne laisseront plus entraîner dans cet obscurantisme. Bien évidemment, la problématique du pouvoir et de la transition des pouvoirs dans les contextes politiques imparfaits et impurs, prédisposent à la promotion des discours subjectivistes, sectaires et rétrogrades. Mais la succession naturelle des générations alliées à l’influence des courants modernistes universels, constituent que l’on le veuille ou non, des pares-feux efficaces, imbattables et incontournables.
Si nous sommes justement plus inquiets qu’hier, c’est parce que certains politiciens soutenus par quelques élites intellectuelles tarées, veulent user du discours ethnique comme un fonds de commerce, et ramener la problématique de la transition des pouvoirs et de la gestion alternées du pouvoir, à une sorte de compétition ethno-régionaliste. Evidemment, tout cela n’est possible qu’à cause des erreurs de ceux qui peuvent encore dire la vérité, dépasser les clivages et élever le débat politique. Il ne faut jamais perdre de vue que nous avons fondamentalement un problème d’identité nationale, de déterminisme historique, de construction socioculturelle et de positionnement par rapport aux autres peuples et nations planétaires. Personnellement je n’en fais plus un drame, les difficultés d’expression en tant que communauté nationale, en tant que République avec des limites territoriales précises et en tant qu’Etat souverain reconnu sur la scène internationale, vont être aplanies au fur et à mesure que nous allons tant bien que mal, résoudre nos contradictions existentielles et plurielles.
Parler d’identité, invoquer des origines nationales ou régionales, n’ont rien de péremptoires, de méchant ou de dangereux. Mais si on construit des valeurs subjectives, des préférences et des privilèges sectaires sur ces paramètres, en déniant ou contrariant les valeurs de référence universellement consacrées, alors on entre en conflit et on développe une société attardée, retardée et problématique. Je veux conclure en vous disant qu’en dépit du sentiment certes justifié de l’aggravation des tentations de repli identitaire, notre société a globalement évolué infiniment. Des espaces de pureté basée sur le dépassement du subjectivisme, du sectarisme et des obscurantismes de toute nature, existe, augmentent et prennent petit à petit le dessus. Vous verrez d’ici quelques jours, que des institutions universitaires prestigieuses à l’Ouest, choisissent librement et ouvertement par le mérite et la compétence, de se doter des dirigeants venus d’ailleurs, d’autres régions, de pays étrangers. C’est une avancée notable que l’on retrouve un peu partout, et la tendance va s’accentuer. Nous avançons donc malgré tout. Quand un pays a plus cinq cents institutions d’enseignement supérieur, un bond extraordinaire de trois cents pour cent en dix ans, il faut tout simplement constater qu’il avance et qu’il ne recule pas, qu’il s’ouvre sur des valeurs de diversités et de modernité et qu’il ne se ferme pas sur des broutilles identitaires.
Est-ce que vous n’êtes pas très optimiste ?
Ah mais non. Nous sommes peut-être lents, peut-être un peu désorganisés et même anarchisés, mais nous sommes debout et avançons. Certes, je comprends que vous trouviez mon discours très à part au regard du discours ambiant très décourageant qui veut que nous fassions tout pour diviser le pays. J’ai durement critiqué les dispositions de la récente loi sur les collectivités locales et la décentralisation qui fragmentent la nationalité camerounaise, mais rassurez-vous, c’est un épiphénomène. Le propre des sociétés humaines c’est de connaître des mutations, de vivre des moments de doute, d’errement et de confusion, mais tôt ou tard, des réparations s’imposent avec des corrections nécessaires. Elles s’imposeront chez nous, et nous retrouverons le droit chemin là où nous sommes en faute aujourd’hui.
Vous savez, tout dépend des ressources humaines de qualité, et nous en disposons en quantité. Je n’ai pas mis sur pied le PMDR pour rien. Ce mouvement aspire à devenir le creuset des intelligences transversales portées par des femmes, des hommes et des jeunes animés de passion et d’attachement, convaincus de la magie du dialogue, de la communication et de la conciliation. IL faut inventer des médiateurs ou les construire à partir d’un discours conséquent, d’une idéologie de partage et des doctrines d’arrangement. Nous y parviendrons, absolument. Vous verrez, avec notre implantation sur le terrain. Ce sera la bourrasque, parce que notre réussite dépendra de la conviction et du réveil que nous allons susciter chez les gens qui croyaient leur pays perdu et eux avec. Nous allons réconcilier partout, réparer partout, faire assoir partout et assurer la médiation pour tout. Donnez-nous juste quelques mois, et vous verrez. Nous allons mettre fin à cette boutade courante, de « on va faire comment ».
Nous allons montrer comment on va faire, en dialoguant, en arrangeant, en réconciliant et en avançant. Que ceux qui rêvent tant de pouvoir descendent de leur piédestal et viennent commencer terre à terre, à la base, dans le peuple, pour appréhender les problèmes avant de chanter des solutions. L’avenir du Cameroun est belle, vraiment belle, et c’est une affaire de génération, de temps et de patience. Je suis certain d’être parmi les conducteurs de la locomotive de tête. Demain sera demain, et demain ce sera différent, mais à condition d’impliquer tout le monde sans exclusive, d’abandonner le discours sectaire et les traves ethniques et régionalistes. Nous pouvons le faire, nous en sommes capables. Le MPDR – PMDR, c’est pour cela..